Les peintres

Ferdinand Hodler

Ferdinand Hodler est né le 14 mars 1853 à Berne et est mort le 19 mai 1918 à Genève. Il est un des peintres majeurs du symbolisme. Né dans un contexte familial pauvre et orphelin à quatorze ans, Hodler apprend la peinture auprès de son beau-père avant de commencer un apprentissage chez le peintre de «vues suisses» Ferdinand Sommer à Thoune. À l’âge de dix-neuf ans, il fréquente l’Académie des Beaux-Arts de Genève et copie les œuvres des grands peintres suisses comme Alexandre Calame et François Diday. En 1873, il est remarqué par Barthélemy Menn, alors directeur de l’École de Genève, qui l’initie à l’art du paysage français. Cette période marque les véritables débuts artistiques de la jeune carrière du peintre.
Dès 1877, il manifeste ses ambitions et tente plusieurs fois sa chance à Paris. Il séjourne en Espagne entre 1878 et 1879 où il visite avec enthousiasme les chefs-d’œuvre des écoles espagnole, italienne et flamande du Prado. En cruel manque d’argent, il cherche à se faire connaître en exposant à la Société nationale des Beaux-Arts en 1881, puis dans une exposition particulière à Genève et enfin au Musée des beaux-arts de Berne en 1887. Entre 1889 et 1890, l’artiste peint une œuvre majeure, «La Nuit», qui sera jugée «obscène» par les Autorités genevoises et retirée de l’exposition du Musée Rath en février 1891. L’artiste ne s’en démoralise pas et loue dès le lendemain une salle où il expose son œuvre décriée. Le succès est immédiat et son œuvre sera exposée quelques jours plus tard au Salon du Champ-de-Mars à Paris où il recevra l’éloge de son président Puvis de Chavannes, mais aussi Rodin et une partie de la critique française. Il est nommé membre de la Société nationale des artistes français en 1891. Pour l’Exposition nationale de 1896, il peint vingt-six figures ornant la façade extérieure du pavillon des beaux-arts et remporte dès lors un succès croissant et acquiert un statut international.
Dès le début du XXe siècle, le motif alpin prend une part prépondérante dans l’art figuratif d’Hodler. Les Dents du Midi sont souvent peintes par l’artiste et il les couche pour la première fois sur sa toile en 1912 avec «Les Dents du Midi depuis Chesières», «La Vallée du Rhône avec Dents du Midi» et «Dents du Midi». Dès 1916, afin de soigner son fils Hector malade de la tuberculose, il séjourne à Champéry. Il réalise «Les Dents du Midi» ainsi que «Les Dents du Midi depuis Champéry», œuvre majeure de Ferdinand Hodler. C’est en 1917, quelques mois avant sa mort, qu’il peindra sa toute dernière huile représentant le massif, «Les Dents du Midi depuis Caux».
L’artiste bernois est salué comme un des grands peintres de l’histoire de notre pays, il a peint quelque sept cents paysages et esquissé plus de neuf mille dessins et près de douze mille croquis dans ses carnets. Il laisse derrière lui quelques peintures inachevées des paysages représentant le Lac Léman et la chaîne du Mont-Blanc, peinte depuis la fenêtre de son appartement, situé 29 quai du Mont-Blanc. Il est enterré au cimetière de Saint-Georges, le plus grand de la ville de Genève. Sa toile «La Vallée du Rhône avec Dents du Midi» a été vendue 1 276 800 francs lors d’une vente aux enchères à Bâle en juin 2016. «Les Dents du Midi depuis Champéry», dans la dernière version de la série de quatre toiles peintes par Hodler, est à ce jour l’œuvre la plus chère de cet artiste suisse jamais mise aux enchères. Elle est estimée entre cinq et sept millions de francs, mais reste invendue.

Félix Vallotton

Félix Vallotton (1865-1925) à son frère Paul, le 1er septembre 1921 : «Passé cinq jours à Champéry, beau paysage romantique, mais la lumière de montagne ne me plaît pas. Je n’en ai pas tiré d’émotion réelle, ni le moindre croquis».
Hormis les huit gravures sur bois qu’il lui a consacrées en 1892, puis 1903, Vallotton a très peu représenté la haute montagne. Lors d’un séjour de convalescence à Zermatt, en 1888, il a réalisé quelques tableautins de sommets alpins et, l’année suivante, deux grandes représentations du Cervin. Pour le reste, Jura, Grammont, Salève, Préalpes vaudoises et fribourgeoises, plus rarement Alpes françaises, n’apparaissent généralement qu’en arrière-plan de ses paysages du Léman, du Gros de Vaud, de la Gruyère et du Valais.
Le maigre corpus de ses tableaux de montagnes proprement dits compte encore trois œuvres dont le mode d’élaboration distinct concorde avec l’évolution du peintre. Parce que le motif en est purement imaginaire, la dernière, «Hautes Alpes, glaciers et pics neigeux» (1919, Zurich, Kunsthaus), a été précédée d’une petite étude peinte. Il s’agit d’une démarche que Vallotton n’a réservée qu’à quelques toiles de grand format, comme son fameux «Verdun» (1917, Paris, musée de l’armée). Quant à ses deux vues des Dents du Midi, réalisées à seize années d’écart, elles sont exemplaires des conséquences pour son style d’un renouvellement de sa méthode.
En 1900, Vallotton passe plusieurs mois au château de La Naz, loué pour l’été à Romanel-sur-Lausanne. Il en profite pour rendre visite à ses parents, retirés au domaine du Grand Chêne, à Chiètres-sur-Bex, une propriété que son père avait acquise en 1895 et qu’il revendra en 1901. Quatre tableaux résultent de ce séjour, dont trois stylistiquement dans la ligne des paysages décoratifs peints aux environs de Romanel au courant de l’été, c’est-à-dire des paysages épurés de tout détail superflu, où la nature est resserrée en de grandes formes, sous un ciel réduit à la portion congrue sinon absente. Le quatrième et le plus grand de la série «Les Dents du Mid (1900), s’y singularise par sa différence. Son rendu quasi photographique le rapprocherait d’une des vues du Cervin exécutées douze ans plus tôt. L’angle de vision, qui permet de voir seulement trois des sept sommets, localiserait le point de vue à proximité immédiate de la propriété du Grand Chêne. Mais comme il est peu probable que le tableau ait été réalisé sur le motif, on en est réduit à supposer, en l’absence de tout dessin préparatoire connu, qu’il ait été documenté au moyen d’une photographie personnelle – Vallotton avait acheté un Kodak en 1899 – ou d’une carte postale.
Avec «Lac Léman et Dents du Midi», on aborde un tout autre registre, celui des paysages que Vallotton peint à partir de 1909. Tous ou presque méritent le qualificatif de «composés», parce qu’ils ont été peints à huis clos, avec pour seul aide-mémoire un petit croquis tracé devant la nature. La distance topographique et temporelle ainsi ménagée entre l’observation et l’exécution laissait l’artiste entièrement libre d’interpréter le motif à sa guise, tant sur le plan formel que chromatique. Ajoutée au timbre de la signature apposé sur ce tableau après la mort du peintre, la date «19» est une erreur. L’esquisse se trouve en effet dans un carnet contenant exclusivement des dessins pour des toiles ayant vu le jour entre 1916 et 1917, période durant laquelle Vallotton se livre précisément à des essais de coloris en camaïeu. Or on sait qu’il a pu se rendre en Suisse avec son épouse du 1er au 25 avril 1916. Il ne fait donc aucun doute que le tableau a été réalisé à leur retour à Paris, d’après le croquis dessiné lors de ce séjour, probablement aux environs de Montreux. La gamme chromatique réduite à des tons de bleu, de gris et de blanc, met en évidence les formes synthétisées à l’extrême des montagnes, dont les rondeurs contrastent avec les facettes géométriques taillées dans les sommets enneigés.

Frédéric Rouge

Frédéric Rouge est né le 27 avril 1867 dans une maison de la rue du Bourg à Aigle. Fils d’un cordonnier, il tenait ses dispositions artistiques de sa mère, femme cultivée maniant avec talent l’art de l’aquarelle et du dessin. Écolier dissipé et indiscipliné, il n’est intéressé que par l’art et prouve ses qualités de peintre dès l’âge de dix ans. Il commence avec des portraits en 1882, puis s’adonne à des natures mortes en 1885. Il réalise son premier paysage à l’âge de dix-huit ans.
En 1883, il part quinze mois à l’École des Beaux-Arts de Bâle où il obtiendra, à l’âge de dix-sept ans, le premier prix. Il passe ensuite trois hivers dans les ateliers de Rodolphe Boulanger à l’Académie Julian à Paris et étudie en 1885 chez le peintre d’histoire Walter Vigier à Soleure. Il fait un stage à Florence et, à la fin de 1887, revient à Aigle où son père lui fait construire un atelier. De sa période aiglonne, Frédéric Rouge développe l’art du portrait et expose un tableau de l’écrivain vaudois Urbain Olivier au Salon de Paris en 1887. Il obtient une médaille d’or ainsi que l’éloge de la critique française.
Le «bon peintre Rouge» comme il était coutume de l’appeler dans la région devient le «peintre d’Ollon» à la mort de ses parents en 1903. Il y achète «Les Cèdres» et épouse deux ans plus tard Marguerite Tauxe, qui restera sa femme durant quarante-cinq ans. Ils auront trois filles.
L’auteur de «L’agonie dans les Alpes» (1901), et du «Braconnier» (1908) a également illustré bon nombre de diplômes de tir ou de chant, d’affiches publicitaires, de programmes de fêtes et de concours. Il réalise l’étiquette du célèbre lézard du vin d’Aigle et du diable rouge du Bitter des Diablerets. Il a créé et peint les trois vitraux du chœur du temple d’Aigle en 1900 puis ceux de l’église de Vionnaz en 1926.
Frédéric Rouge fut aussi un grand chasseur. Il totalisa quarante-huit permis de chasse. Il reçut le 31 janvier 1943, en même temps que le compositeur aiglon Gustave Doret, le diplôme de bourgeois d’honneur de la commune d’Aigle.
Au pays de son enfance, il a toujours choisi ses sujets de paysages et ses modèles dans la nature et parmi les gens de la région. Il peignait uniquement par plaisir, selon ses envies, les personnes et choses qu’il regardait, tel qu’il les percevait. En parcourant la nature, il couchait sur ses toiles les nuances de couleurs printanières et automnales de la plaine du Rhône, des Dents du Midi, des Alpes et des forêts, révélant minutieusement cette harmonie de lignes qui le séduisait tant.
Atteint dans sa santé, il cesse de peindre dès 1947 et meurt le 13 février 1950, à l’âge de huitante-trois ans.
Boudée des grandes expositions, souvent mal comprise, l’œuvre de l’artiste revit néanmoins grâce à la création de la fondation Frédéric Rouge en 2008. Elle propose chaque été depuis 2010, à la Maison de la Dîme à Aigle, une exposition à la mémoire de ce peintre qui aima sa région et ses habitants.

Aimé-Félix Nicollerat

Aimé-Félix Nicollerat est un peintre aquarelliste né le 10 janvier 1876 à Bex. Sa technique mélange avec subtilité l’art du pastel et de l’aquarelle, ce qui rend ses ciels très lumineux. Il commence à peindre à l’âge de seize ans et étudie son art en Suisse. Il peint tout d’abord dans la région de Bex et fait quelques ventes qui lui permettent d’entreprendre son premier voyage d’études en Allemagne en 1900. C’est là qu’il débute avec une collection de paysages de la Forêt noire qui lui procurent la protection de la Cour badoise. Encouragé, il voyage alors à Paris puis à Rome où il fait de sérieuses études auprès du célèbre aquarelliste Onorato Carlandi (1848 – 1939).
Suivant la vague des peintres orientalistes de son époque, il part pour l’Égypte en 1906 d’où il rapporte une collection de paysages orientaux qui, exposés, lui attirent un vif succès. Son séjour durera six ans et lui permettra de révéler tout son potentiel artistique. De cette période très féconde, l’artiste peint les rives du Nil, les pyramides, les silhouettes des minarets du Caire près des tombeaux des Califes, les sources de Moïse, le désert et ses bédouins, ainsi que des couchers de soleil «si tamisés et si fondus», révélateurs de sa technique particulière.
À son retour en 1912, il passe du temps sur les collines du lac de Garde puis revient à Bex.
Des rives du Nil, ses œuvres laisseront place à celles du Léman, d’où l’artiste peint toute une série de magnifiques tableaux avec de superbes vues du lac.
Vers la fin de la Première Guerre mondiale, il tombe une première fois malade. Affaibli par la grippe espagnole, il continue pourtant de peindre. Après plusieurs années difficiles, il s’éprend tout à coup pour la montagne et devient membre du Club Alpin suisse en 1924. Il va représenter les montagnes chablaisiennes sous tous leurs aspects ; les Dents du Midi, les Dents de Morcles, le Grand-Muveran, l’Argentine. En 1929, il réalise les illustrations d’un document publicitaire sur Bex-les-Bains où l’on y trouve des activités touristiques comme le golf, la promenade autour de la Tour de Duin et la visite des Mines de Sel. Sans argent en 1930, il réalise quinze peintures murales du Café de la Gare à Bex pour payer ses repas. En 1932, il se rend à Silvaplana, dans les Grisons, où il peint le piz Corvatsch et le piz dal Märc à Soglio. Affaibli et ruiné, il tombe à nouveau malade en 1945 et se trouve sans ressources. Il ne peut plus exercer son art et de ce fait, vit les dernières années de sa vie dans la misère. Il meurt près de Lausanne, à l’hôpital de Cery, le 1er mai 1946 à l’âge de septante ans.
Aimé-Félix Nicollerat a laissé certainement plus de mille-cinq-cents tableaux peints en quelque cinquante-cinq années de travail. Il semble aujourd’hui qu’il ne reste plus qu’une centaine d’exemplaires, dont certains se trouvent malheureusement en mauvais état.

Emile Gissler

Émile Gissler est né le 25 décembre 1874 à Lonay-sur-Morges et est décédé le 27 octobre 1963 à son domicile de Val-Vert à Aigle. Il fut tour à tour coiffeur, musicien, sportif et peintre.
En 1896, il ouvre son premier salon de coiffure. Le 5 juin 1900, il épousera Lina Félicie Anex qui restera sa femme pendant plus de soixante ans. Ensemble ils s’installeront dans l’appartement situé au-dessus du salon, à l’angle de la rue du Collège et de la rue Colomb à Aigle. Ils auront cinq enfants.
Grand ami de la musique, Émile pratique la flûte traversière. Il fit partie pendant vingt-huit ans du chœur mixte d’Aigle l’Helvétienne, dont il était membre honoraire, et pendant quarante-cinq ans membre actif de l’orchestre d’Aigle, dont il avait été un des fondateurs et président d’honneur.
Son talent artistique étant reconnu, et sur les conseils de son ami le peintre Frédéric Rouge, il s’adonne à la peinture. Manifestement peu à l’aise dans les peintures à l’huile, sa technique de l’aquarelle, aux contrastes et aux coloris souvent vifs et puissants, lui permet de peindre toute la beauté des paysages de la région. Les deux peintres réaliseront les mêmes sujets, traversés par la même communion des cœurs, dans la plaine du Rhône, à l’ombre projetée d’une ombrelle en toile. Son œuvre sera composée de plus de cent trente tableaux.
En grand sportif, Émile fit son entrée au Club Alpin suisse en 1920. Le 10 juin 1923, il écrit à sa fille Juliette : «J’ai eu l’occasion de gravir la Cime de l’Est, dans les Dents du Midi, avec des amis».
S’il a donc eu les Dents du Midi sous ses chaussures, il les avait aussi parfaitement dans sa mémoire. À tel point qu’il s’amusait — qu’il fasse beau temps ou qu’il pleuve — à les esquisser ou dessiner par cœur.

Gaston Peitrequin (1915-1990), « Barque du Léman au pied du Lavaux », vers 1940-1950. Huile sur toile 59,5 x 44,5cm, collection privée

Charles Gleyre (1806-1874), « Les Romains passant sous le joug », huile sur toile 240 x 192cm, 1858
© Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne

Alexandre Perrier (1862-1936), « Chaînes des Dents du Midi », huile sur toile 64 x 91cm, 1ère moitié du XXème siècle.
© Musées d’art et d’histoire, Ville de Genève, don de la République et Canton de Genève, 1940. Numéro d’inventaire 1940-0008. Photo : Bettina Jacot-Descombes

Felice Vellan (1889-1976), huile sur toile 21 x 27cm, 1947, collection privée

Alexandre Calame (1810-1864), « La Dent du Midi », huile sur toile 100 x 140cm, 1849.
© Musées d’art et d’histoire, Ville de Genève. Numéro d’inventaire 1911-0127. Photo : Yves Siza

Albert Anker (1831-1910), huile sur toile 32 x 21cm, collection privée

François Diday (1802-1877), « Bex, Vallée au pied des Dents du Midi, ruine de la tour au centre, bouquet d’arbres de chaque côtés », crayon de graphite et estompe sur papier crème, 34,7 x 54cm, 1846.
© Musées d’art et d’histoire, Ville de Genève, Cabinet d’arts graphiques, collection de la Société des Arts de Genève. Numéro d’inventaire Did. 018. Photo : André Longchamp

Gustave Courbet (1819-1877), Panorama des Alpes, huile sur toile 64 x 140cm, vers 1876.
© Musées d’art et d’histoire, Ville de Genève. Numéro d’inventaire BA 2014-0015. Photo : Bettina Jacot-Descombes