La cascade de la Pissevache

 

de la montagne de Salanfe à la plaine du Rhône

Chantée par les poètes ou reproduite par les peintres, la Pissevache marque le point final de la longue course que réalise le cours d’eau de la Salanfe à travers le vallon de Van et les gorges du Dailley au-dessus de Vernayaz. Craignant de la voir disparaître, elle fut le point central des vives protestations au début du XXème siècle lorsqu’il fut décidé de construire le barrage de Salanfe.

Tout comme le plateau de Salanfe, son destin fut dicté par la volonté de l’homme de produire une énergie nouvelle à la fin du XIXème siècle : l’hydroélectricité.

Surplombant la vallée du Rhône à une hauteur maximale de 116 mètres, la cascade de la Pissevache est connue et appréciée depuis des temps très anciens. Si même son nom peu flatteur semble venir tout droit de la bouche d’une personne à l’humeur gaillarde ou de vachers goguenards, sa représentation exprime un tableau à l’imagerie si romantique que les curieux, visiteurs ou autres voyageurs investissent la contrée pour la voir.

Dès la fin du XVIIIème siècle et pendant tout le XIXème siècle, celle que l’on appelait également « la cascade de la Sallanche » ou encore « la cascade aux iris » était principalement utilisée pour le travail du fer et du bois. Grâce à l’énergie fournie par la Pissevache et par l’emploi d’un gros marteau à bascule que l’on appelait « martinet », elle permettait la fabrication de la plupart des outils nécessaires aux métiers de la terre. En 1870, avec l’aide d’une scie hydraulique entraînée par la roue à aubes d’un moulin, on produisait également de la parqueterie, des planches, des carrelets et des lattes pour la construction de toitures ainsi que du bois pour la fabrication des crosses à fusil.

Dans les années 1860, la Suisse développa le secteur touristique et connut une première vague de développement économique dans la région. En 1866, on édifia au pied de la cascade un premier buffet ainsi qu’une galerie formée d’escaliers en zigzag et de passerelles. Creusé dans le rocher à 60 mètres de hauteur, le chemin permettait de franchir la chute en passant par-derrière offrant ainsi aux visiteurs une vue inhabituelle. À chaque passage, une contribution de 50 centimes était perçue aux visiteurs voulant l’admirer de près, alors que l’on payait un franc aux Gorges du Trient à la même période.

Avec l’arrivée de l’électricité en Suisse au milieu des années 1880, on construisit au printemps 1894 une fabrique de daultine, une pâte brunâtre et solide faite de nœuds de sapin et de produits chimiques, utile aussi bien dans la construction du bâtiment et de l’ameublement que dans la fabrication d’éléments électriques. En été 1896, une des premières usines hydrauliques de Suisse fut édifiée au sommet de la Pissevache. Mise en service en 1898, elle était destinée à produire 5000 chevaux de puissance et générait également de grandes quantités de gaz acétylène qui était ensuite transformé en alcool. Arrêté en 1997, l’aménagement hydroélectrique de la Pissevache a été remis en fonction en mai 2016 par les Forces motrices valaisannes après 18 mois de travaux. Avec un débit de 400 litres par seconde et une chute de 506 mètres depuis les gorges du Dailley, l’eau produit aujourd’hui une énergie équivalente à la consommation annuelle de 1000 ménages.

Mais la cascade, si majestueuse et si belle, connut un profond changement au milieu du XXème siècle. En 1947, parallèlement à la construction du barrage de Salanfe, on effectua au hameau de Miéville les travaux d’une seconde centrale hydroélectrique dirigée et exécutée par Energie-Ouest-Suisse (EOS). Au printemps 1948, les premiers baraquements et ateliers pour les ouvriers se construisirent à proximité de la cascade et un premier essai de turbine fut effectué le 30 décembre 1950. Les travaux dureront jusqu’en 1952. Dès lors, le volume d’eau chuta. La gorge ne laissait cette fois-ci passer qu’une eau discrète que seules de fortes précipitations parviennent à gonfler.

Aujourd’hui l’eau du lac de Salanfe permet à l’usine de Miéville de produire une puissance de 70 Mégawatts. Avec une chute brute depuis le barrage de 1473,6 mètres, elle traverse une conduite forcée composée de trois tronçons pour une longueur totale de 4634 mètres et un diamètre passant de 1,30 à 1,10 mètre à mesure que la pression s’accroit. Avec une dernière pente de 94,62 % (43,41°), l’eau débouche dans la vallée du Rhône où elle est turbinée par deux turbines Pelton. Rejetée ensuite dans le Rhône, elle permet de fournir l’énergie nécessaire à la consommation annuelle de 25000 ménages.

La Cascade de Pissevache, vers 1810-1820. Papier 436 x 475mm. Samuel Frey (1785-1836). © The Trustees of the British Museum
Vue de la Cascade de Pissevache, 1820. Papier 636 x 473mm. Gabriel Lory fils (1784-1846). © The Trustees of the British Museum
La Pissevache, entre 1760 et 1780. Papier 296 x 445mm. Mary Mitford (1760-1780). © The Trustees of the British Museum
La cascade de la Pissevache. © Fabrice Ducrest
La Cascade de Pisse Vache dans le Bas Vallais, 1800. Papier 472 x 628mm. Samuel Weibel (1771-1846). © The Trustees of the British Museum
Le dernier élan de la Salanfe dans une vallée du Rhône inondée. Photographie vers 1890
Pissevache, date inconnue. Jean-Antoine Linck 1766-1843). Collection Gugelmann. Source, helveticarchive.ch
Cascade de Pissevache, 1790. Christian von Mechel (1737-1817). Collection Gugelmann. Source, helveticarchive.ch
Le buffet au pied de la cascade. On remarque également le petit chemin passant derrière la cascade. Photographie vers 1890

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