L’étymologie des noms

 

Des origines à la fin du 20ème siècle

Première trace écrite, un parchemin de 1342 désigne les Dents-du-Midi sous le nom d’« alpe de Chalen ». Témoins de cette époque, un glacier, un hameau et un refuge portent encore ce nom aujourd’hui, mais avec une orthographe légèrement différente, « Chalin ». Dans son ouvrage daté de 1656 « Helvetia antiqua et nova », le pasteur lausannois Jean-Baptiste Plantin (1624-1700) écrit : « […] Ad S. Mauritii meridiem conspicitur mons summè altus, nivibus & glacie perpetuo albescens, accolis vulgò dictus, la dent de midy […] » ce que l’on peut traduire par : […] Au midi de Saint-Maurice on voit un mont élevé par son sommet, perpétuellement blanchi de neige et de glace, appelé vulgairement par les habitants, la dent de midy […] ». S’il apparaît que cette dénomination s’est peu à peu généralisée à cette époque, elle s’explique par le fait que les résidants de Champéry et de Val-d’Illiez pouvaient admirer leur montagne au quotidien.

Au début du XXème siècle, certains auteurs dénommaient une pointe située à droite des Dents-du-Midi « la Dent-d’Une-heure », aujourd’hui communément appelée « la Dent-de-Bonavau ». À gauche, en direction de l’Est, la Dent-de-Valère était parfois appelée « la Dent-de-Onze-heures ». Tous ces pics font référence à la position du soleil au-dessus de la cime à un moment précis de la journée et à un lieu donné. À noter également que dans le vallon voisin d’Emaney, la Dent-d’Emaney était autrefois appelée « la Dent-d’Onze-heures » et le sommet de la Dent-d’Etave (du patois « Etava » qui signifie « huitième ») indiquait aux vachers huit heures après le début du jour, qui était fixé à l’époque à 6 heures. Quand le soleil pointait sur cette éminence, il était donc approximativement deux heures de l’après-midi, l’heure de la traite… Tout comme les montagnes d’Emaney, il paraît donc assez clair que les Dents-du-Midi s’inscrivaient dans une sorte de gigantesque horloge où elles occupaient le centre, le midi, le sud…
Entre 1805 et 1861 le massif s’écrivait couramment « la Dent-du-Midi » au profit de « la Dent-de-Midi », mais les deux compositions sont utilisées. En 1837, on parle de la Dent-du-Midi tout en précisant qu’elles sont également appelées « Dents-de-Tsallens » ou « Zallen » par les habitants du val d’Illiez.

Pour l’étymologie des sommets, c’est un texte de Gaspard Bérody (1585-1646) qui nous donne l’origine du premier nom donné à une cime du massif des Dents-du-Midi : « Novierroz » ou « Novidoroz », le « Mont de Novierre ». Dans un extrait de sa chronique qu’il réalise entre 1610 et 1642, le chanoine décrit un événement qui marqua l’histoire de la région. Le 11 octobre 1635 en effet, une partie de la Cime-de-l’Est s’effondre sur le glacier de Plan-Névé puis, à travers le Bois-Noir actuel, s’écrase dans la vallée du Rhône. Dans son recueil il écrit : « [...] media pars dentis quæ nuncupatur de Novierroz corruit super glaciem[...] » traduit par « [] la partie centrale de la Dent que l’on appelle de Novierroz s’effondra au-dessus du glacier [] ». L’année suivante, le 12 mai 1636, une nouvelle débâcle se produisit. La population y voyant un signe des démons, on délègua le prêtre et recteur du gymnase de Saint-Maurice, Claude Cleyvod, pour exorciser les lieux. Avec l’aide d’assistants religieux et après neuf jours continus de conjurations, la montagne ne réagit plus, les démons semblaient battus. Le Mont de Novierre fut alors rebaptisé Mont Saint Michel, d’après l’archange vainqueur du Démon dans l’Apocalypse de Saint Jean, mais l’appellation ne se maintiendra pas avec le temps.

Jusqu’en 1874, on compte cinq sommets principaux qui ne portent encore aucun nom qui puisse les distinguer. On en comptera parfois même six, sept voir huit cimes. Dès 1875, les noms de « Dent-de-Tschallan » et « Dent-Noire-du-Midi », respectivement « la Haute-Cime » et « la Cime-de-l’Est » apparaissent sur les premières cartes.

Aux premières ascensions à la fin du XIXème siècle, « la Dent-Jaune » et « la Cathédrale » font leur apparition en 1879. Bien qu’elle fût la première des trois à être gravie, « la Forteresse » n’apparaît officiellement sur les cartes de la Confédération helvétique qu’en 1886. À cette même date, les deux extrémités furent renommées « Dent-du-Midi » et « Dent-Noire ou Cime-de-l’Est ». En 1885, « le Doigt » est baptisé par des touristes suisses et c’est en 1888 que « la Haute-Cime » fut définitivement adoptée tout comme « l’Éperon » qui viendra compléter l’ensemble. Concernant « le Doigt », cette cime sera baptisée « Pointe-Durier » (plus tard « le Doigt-de-Salanfe ») par les premiers ascensionnistes et le deuxième sommet du groupe, légèrement plus haut, était connu par les habitants de Champéry sous le nom de « Dent-Noire-de-Champéry » (plus tard « le Doigt-de-Champéry »). Vers 1915, « le Doigt » deviendra « les Doigts » et « la Dent-Noire » sera supprimée.

Au début du XXème siècle, différents sommets portaient des noms sans réelle convention comme « la Dent-Jaune » qui prendra la dénomination de « la Dent-Rouge », « la Haute-Cime » que l’on appellera également « la Cime-de-l’Ouest » et « l’Éperon » appelé jadis « la Dent-Ruinée ».

Entre la Cathédrale et la Forteresse, on trouve un minuscule sommet qui n’apparaît sur aucune carte officielle et dont le nom est attribué à la grande famille de guides de Salvan, l’Aiguille-Délez.

Sachez enfin que l’orthographe des sommets suit une règle propre à la Suisse romande où tous les noms de lieux géographiques contenant les mots aiguille, bec, cime, dent, mont, pic, pierre, pointe, rocher, tête et tour s’écrivent avec des traits d’union. On écrira donc : la Haute-Cime, les Doigts (le Doigt-de-Salanfe et le Doigt-de-Champéry), la Dent-Jaune, l’Éperon, la Cathédrale, la Forteresse et la Cime-de-l’Est.

En montant à la Haute-Cime, vue sur le glacier de Plan-Névé, la Cathédrale, la Forteresse et la Cime-de-l'Est. © Fabrice Ducrest
La croix au sommet de la Haute-Cime. © Fabrice Ducrest
De gauche à droite, la Dent-Jaune et l'Éperon et le glacier de Plan-Névé. © Fabrice Ducrest
Détail d'un plan géométrique de la montagne de Salanfe en 1772. Cote PLA 500_0_0_3, © Archives de l'Abbaye de Saint-Maurice
La Cathédrale, l'Aiguille-Délez et la Forteresse. © Fabrice Ducrest
Au sommet de la Haute-Cime, vue sur les autres sommets des Dents-du-Midi. © Fabrice Ducrest
Au col de Susanfe, vue sur la Haute-Cime. © Fabrice Ducrest
La Cime-de-l'Est, façade sud. © Fabrice Ducrest
Les Doigts au lever du soleil. © Fabrice Ducrest

Les premières ascensions

1784

22 août
La Haute-Cime (3257m.)
Vicaire Jean-Maurice Clément

1842

16 août
La Cime-de-l’Est (3178m.)
François-Marie Bruchon, Nicolas Délez, Eléonore Mottier et trois autres personnes

1870

7 juin
La Forteresse (3163m.)
Émile Javelle et Joseph Oberhauser

1879

24 août
La Dent-Jaune (3185m.)
Maurice Wirz, de Trey et les guides Jean-Claude Bochatey, François et Joseph Fournier

1881

31 août
La Cathédrale (3159m.)
Auguste Wagnon, Edouard Jacottet et le guide François Fournier

1886

3 juillet
Le Doigt-de-Salanfe (3205m.)
Auguste Wagnon, Paul Beaumont et les guides
Jean-Claude Bochatay, François et Joseph Fournier

1892

4 août
Le Doigt-de-Champéry (3209m.)
Robert Baron de Breugel Douglas et les guides
Pierre-Louis et Louis Délez

1892

8 août
L’Éperon (3113m.)
P. Janin et les guides Pierre-Louis Délez et Émile Revaz

La cascade de la pissevache

De la montagne de Salanfe à la plaine du Rhône

La "faucille" de la pointe-de-Valerette

Quand la nature donne le signal

Premières mesures au sommet de la Haute-Cime

Une invention née dans le Chablais valaisan

La "cabane de glace" du glacier de Plan-Névé

Un mystérieux refuge

La meule à grains de "La Gouille"

Pour l’indépendance économique du Val d’Illiez

Le plateau de Salanfe

Un alpage aux mille façettes